07/12/2007

Farewell To The Bright Side

Tu claques la porte, tu t’éloignes sans te retourner. Tu es peut-être même fier de toi. Toi, ta folie, tes caprices, tes yeux d’adolescent attardé, ton pessimisme, ta peur de la nuit et de l’inconnu, ta frustration continue, ton égocentrisme maladif, ta paranoïa, toi, vous, vous tous, vous sortez de chez moi, vous sortez de ma vie. Et avec tout mon mépris… je vous dis adieu. Enfin.

Je claque la porte. Et je n’ai pas l’intention de me retourner. J’espère que tu ne t’imagines pas me voir revenir aussi facilement. Tu sais, je ne vais pas m’attendrir devant tes yeux – coupables - couleur d’espoir, devant ta peur de rester seule, pour encore devoir subir ton instinct maternel qui m’étouffe, ton altruisme exacerbé, ta pudeur effarouchée et tout ce qui fait que je pars aujourd’hui et que tu vas me supplier de revenir. Tu n’as jamais su assumer. Aujourd’hui, tu vas apprendre.
Ah, ta rue est moche. Même la verdure a l’air de s’être perdue, dans ce coin paumé. Les bus font plus de bruit qu’ailleurs, sans doute à cause des pavés usés qui ont poussé sur le bitume comme de la mauvaise herbe, je ne sais pas, c’est ta rue, quoi, une rue emmerdante, avec des gens qui se saluent alors qu’ils ne se connaissent pas, des commerces miteux genre night shops hors de prix, il y a des merdes de chiens et parfois des arbustes au milieu des trottoirs (pourquoi ils ne font pas leur truc là, les clebs ?) qui font qu’on ne peut pas se croiser, bref, cette pauvre rue n’a rien pour elle. Et c’est là que t’as voulu habiter. Pfff…
Tu m’as foutu ma journée en l’air, je rentre chez moi. Même si l’idée ne m’enchante pas beaucoup, prendre le train, le métro, le tram, avec tous ces gens - et leur odeur ! - autour de moi… Toi, évidemment, ça ne t’a jamais dérangée, tu aimes ça, la proximité, les rencontres, ce genre de conneries. Et puis, bien sûr, c’est de ma faute si j’en suis réduit à prendre les transports en commun, c’est de ma faute si un gamin de 20 ans m’emboutit et envoie la voiture au garage, blablabla, je sais, je te connais.
Eh ! Tandis que je gaspille mes pensées, je manque de me faire renverser en traversant la rue pour attraper ce foutu tram. T’en aurais lourd sur la conscience, pas vrai ? Ca me fait sourire rien que de l’imaginer. Mais c’est visiblement un jour où la joie se doit d’être éphémère…  Le tram est complètement bondé, je ne pourrai certainement pas m’asseoir. Tout ça à cause d’un fou du volant…
Et c’est en cherchant une place assise que je te vois, là, de l’autre côté du wagon, en pleine discussion avec un bellâtre sans intérêt. Non, logiquement, tu ne peux pas être là, tu es chez toi en train de pleurer sur mon départ, les yeux rougis par le chagrin, et les pensées, j’imagine, plutôt morbides et pleines de regrets ; tout le contraire de cette jeune fille en veste noire, souriante, enthousiaste, qui tient des propos que je suis trop loin pour entendre à un imbécile qui n’a d’yeux que pour elle, qui la dévore littéralement, avec sur la bouche le sourire en coin de celui qui trouve tout ce qu’elle a à lui dire tout à fait attendrissant.
Et ça m’énerve, en fait TU m’énerves ! Je ne sais pas ce que tu fais là, qui est ce type, ce que tu essaies de faire ; tout ce que je sais c’est que je n’ai plus envie de te voir. J’irai jusqu’au métro à pieds, tiens. Enfin, si j’arrive à sortir du tram… .
Sous un des sièges, un vieux sac plastique de grand magasin traîne, abandonné, et on peut voir à l’intérieur un tupperware plein de nourriture qui m’a l’air fort peu engageante, mais soit. Ce serait si simple… Prendre une voix apeurée, crier qu’il y a un sac avec une bombe, et tout le tram se viderait de lui-même, tous ces idiots se jetteraient vers la sortie et je serais tranquille pour descendre… En fait tu descendrais certainement aussi, en aidant les vieilles personnes, les enfants, en faisant tout ce qui pourrait te donner bonne conscience, comme d’habitude. Bah, je n’ai pas envie de voir ça. J’en suis quitte pour être bousculé une fois de plus en essayant de rejoindre la porte, tant pis. Sale journée…
En sortant, je te jette un dernier regard. Vous riez aux éclats, tous les deux. Va te faire foutre !

C’est toi qui es en tort, une fois de plus, et c’est moi qui déprime… Je suis accoudé à un snack-bar de la station de métro souterraine comme le serait un loser éconduit dans une taverne pour célibataires, les verres d’alcool fort en moins - je préfère le café. Je me fais un peu pitié, de me mettre dans un état pareil juste pour toi, alors que tu n’es même pas là pour culpabiliser, pour essayer de te racheter. Les histoires d’amour, c’est toujours pareil : c’est toujours le même qui souffre.

Je déteste être interrompu, que ce soit quand je parle, ou plus simplement quand je suis perdu dans mes pensées. Alors si en plus on me fait sursauter, on reçoit la punition qu’on mérite.

- Non j’en veux pas, de ton lait, si j’en voulais j’en aurais demandé !

La serveuse se tire, l’air outré ; ça lui fera les pieds. Bien sûr, tous les autres clients se retournent vers moi, comme du bétail surpris par le train qui passe. Ce ne sera ni la première ni la dernière fois. Je les regarde dans les yeux, un par un ; aucun ne fait de commentaire. Toi pas plus que les autres. En fait, ta présence ne m’étonne qu’à moitié. Tu me suis, c’est évident. Sans moi, tu n’es rien. Tu t’es mise de dos, peut-être pour pouvoir m’observer à la dérobée, en espérant que je ne te remarque pas. Le bellâtre, ainsi que ta veste noire, ont disparu. Tu t’es fait servir une espèce de thé à la menthe, je suppose, une eau verdâtre qui a l’air infect, une attirance que je ne te connaissais pas. Bien sûr, je t’entends d’ici me dire qu’en réalité je ne connais rien de toi, que tu possèdes une sensibilité que je n’ai jamais été capable de même seulement commencer à comprendre, mais je sais bien que tu tentes uniquement – et en vain – de brouiller les pistes. Tu t’es détournée depuis longtemps déjà, et moi je n’ai fait semblant de rien. Je fixe ton dos, ta nuque, tes cheveux blonds, je redescends sur ton pull vert, j’observe tes coudes, la position de tes épaules, je guette le moment que tu choisiras pour te retourner à nouveau. Et tu ne risques pas d’oublier le regard que tu recevras en retour…

J’admets, j’ai mis cinq bonnes minutes à comprendre. Le fond de la taverne est tapissé de plaques de verre sombre, placées de biais, et qu’on pourrait croire opaques, mais il n’en est rien ; ce stratagème soi-disant décoratif permet aux barmen d’avoir une vue d’ensemble de la salle, et ainsi d’observer sans être observé, et aux clients proches du comptoir de faire de même. Moi, de là où je suis, je n’y vois qu’un vague reflet irisé. Je fixe le mur d’un air mauvais, sans y trouver tes yeux. Tu n’as toujours pas bougé. Tu es venue pour me retenir ? Eh bien, essaye, tente quelque chose, si tu crois que ça peut servir, mais moi, je ne t’attendrai pas plus longtemps.
Je me lève, indifférent, tout en faisant quand même bien attention à ne pas regarder dans ta direction, et me dirige vers la sortie, les épaules hautes, le visage serein. La serveuse en profite pour se venger.

- Hey, où croyez-vous aller, comme ça ?

Merde… l’addition. Je lui jette un billet de 5 € qui traînait dans ma poche, et qui finit sa course par terre.

- Garde la monnaie.

Je ne sais pas si elle m’a entendu. Je m’en fous. Plus question que je perde la face devant toi, ni aujourd’hui ni plus jamais.

Foutue  journée, je sais, je l’ai déjà dit. Mais ça continue. Le train est bondé, lui aussi. Je vais devoir rester en 3e classe, et je déteste ça. La 3e classe, c’est l’endroit situé entre deux wagons, juste en face des portes. Ce n’est pas très grand, mais aujourd’hui c’est encore pire, vu qu’un landau prend la moitié de la place. Le plus navrant c’est encore le contrôleur, qui décide de passer après 15 minutes de trajet, quand le passage est devenu quasiment impossible tellement il y a de gens. A vrai dire, je l’attends avec une certaine impatience ; il n’est pas bien grand, il a l’air complètement surmené (avec le monde qu’il y a ça n’est guère étonnant), et il s’imagine sûrement que je vais payer mon billet malgré ces conditions de transport tout à fait inadmissibles. Je sens qu’on va s’amuser…

Il a dû sentir qu’il n’aurait pas le dernier mot, qu’il allait se faire ridiculiser. Après avoir rapidement jeté un œil à l’abonnement de la fille à côté de moi (si on peut appeler ça une fille, une espèce de garçon manqué avec jeans troué et skateboard peinturluré, complètement paumée), il inspecte le bout de ses souliers, puis d’un coup fait volte-face et essaye de s’engouffrer dans le wagon suivant, sans même m’avoir regardé, et en se cognant au landau au passage. Je ne manque pas de lui lancer un ricanement sec, malheureusement couvert par le bruit des freins. C’est mon arrêt… Décidément, tout s’opposait à ce que je paye ma place, aujourd’hui…
Je respire enfin : le quai, lui, est désert. Ou presque. Une quinzaine de mètres plus loin, une femme tente de monter de force dans le train, mais elle est obligée de remettre pied à terre, et de courir à la porte suivante.
Je ne sais pas à quoi tu joues. Ce n’est pas en remontant dans le train que tu vas arranger les choses entre nous. Et puis, pourquoi me suivre jusqu’ici ? Evidemment que je rentre chez moi, où irais-je d’autre ? Tu t’imagines que je t’ai déjà remplacée ? Eh, c’est vrai, ça aurait pu, mais tu m’as dégoûté de la gent féminine pour au moins une journée. Et si tu t’obstines encore à me suivre, même si pour ça tu dois te retrouver seule à l’arrêt suivant, j’espère que tu es consciente que chez moi tu trouveras porte close. Tout se paie, ma petite, eh oui.

Plus que dix petites minutes de marche, et je serai au chaud. Je râlais contre ta rue, tantôt, mais celles qui bordent la gare ne valent pas beaucoup mieux. C’est même pire, pour une fois (ai-je déjà dit que cette journée était pourrie ?), la commune a décidé de vider ses caisses en travaux inutiles. Au bout de l’avenue, des types en jaune se cachent sous une tente marquée « Eau et Gaz », une fuite sans doute. Ca met le boxon dans la circulation, les voitures ne pouvant plus rouler que sur une bande. Plus proche de moi, tout le vieux bâtiment qui abritait auparavant le home Saint-Vincent, et qui est désormais destiné à servir de salle d’exposition (pour un artiste contemporain qui n’a donc forcément aucun intérêt), voit sa façade rénovée de fond en comble, à grands renforts d’échafaudages branlants plein de pots de peinture (en rouge coquelicot, ils veulent le repeindre en rouge coquelicot !) et d’ouvriers sans gêne qui ont pris possession du trottoir, obligeant les piétons à marcher sur la rue. Bande d’abrutis… Je fais remarquer leur manque de professionnalisme à l’un d’entre eux, occupé à manger ses tartines (à trois heures de l’après-midi, ça ne me surprend pas beaucoup), qui me répond d’aller me faire voir (en fait je n’ai rien compris, il avait la bouche pleine, mais j’imagine que c’est ce qu’il a voulu dire). Je m’éloigne sans broncher, tout en renversant un pot de peinture sur mon passage. Cette fois, l’ouvrier m’insulte copieusement. A ton tour d’aller te faire voir…

Je fais quelques pas en vérifiant que rien n’est venu éclabousser mes chaussures, ce serait le comble. Quand je relève les yeux, une gamine se tient face à moi, et ne semble pas décidée à bouger. Pendant une seconde, j’ai cru que c’était toi. C’est sans doute pour ça que je lui adresse un sourire (mais sans chaleur, hein, le sourire). Elle est blonde, elle aussi, mais beaucoup plus jeune que toi, et beaucoup plus pâle aussi, d’une pâleur maladive même ; il ne s’agirait pas qu’elle me refile la crève, non plus.

- Bonjour, me fait-elle avec une voix d’une lassitude invraisemblable.

Je suis complètement pris de court. Je ne m’attendais ni à ce qu’elle m’adresse la parole, ni à ce que son ton soit aussi détaché. Et je reste là, bouche ouverte et sourcils haussés, à attendre qu’elle rajoute quelque chose.

- Vous avez la possibilité de faire un vœu.

Ca, ça termine de m’achever. Elle a prononcé cette dernière phrase comme si je n’étais pas là, en regardant par terre avec une moue ennuyée qui m’irrite légèrement. Au moins, ça me permet de reprendre mes esprits.

- Qu’est-ce que tu dis ?!
- Un vœu. Vous avez la possibilité de faire un vœu, reprend-elle patiemment, mais toujours avec l’air de parler aux mouches.

De nouveau, je pense à toi, comme ça, sans raison. L’envie de mettre une gifle à cette gosse commence à me démanger.

- Bien, fais-moi gagner au lotto, dis-je sans cacher le mépris de ma voix.

Elle ne répond rien, elle se contente de regarder toujours le même point par terre, pas loin de son pied droit. Je la regarde avec un rictus plus loquace que n’importe quelle insulte. Et alors que je m’apprête à repartir, elle parvient à me clouer sur place d’une simple phrase.

- Vous êtes sûr ? Vous avez déjà gagné au lotto, il y a deux semaines, et il y a 5 semaines également. A quoi ça sert ?

C’est vrai, j’ai gagné au lotto, mais des sommes dérisoires. Soit. Je me demande surtout comment elle est au courant, mais c’est peut-être un coup de chance, ou bien c’est la fille du libraire…

- Alors fais-moi gagner 1 million d’euros au lotto ! C’est bon, cette fois ?
- Il n’y aura pas de cagnotte d’exactement 1 million d’euros avant plusieurs années, en fait, il y a des chances que ça n’arrive jamais. Les sommes mises en jeu sont rarement arrondies, vous savez. Vous êtes sûr ?

Elle commence à sérieusement m’énerver. Je n’ai aucune envie de jouer, et en plus de ça son jeu est ridicule. Mais elle relève lentement les yeux vers moi, et, de la tête, me fait signe de jeter un œil à ce qu’il se passe autour de moi.
Ce n’est qu’à ce moment que je remarque que tout s’est arrêté, que plus rien ne bouge, et qu’il règne un silence quasi absolu dans la rue. Et enfin, je vois ce que la fille ou peu importe ce qu’elle est (un medium, un ange ???) voulait me montrer. J’avoue, ça vaut la peine. Là-bas, à hauteur de la tente des ouvriers communaux, une explosion a littéralement projeté une voiture dans les airs. Un ouvrier aurait fumé une clope pas loin du chantier que ça ne m’étonnerait pas. Toute la scène est figée dans l’espace et dans le temps, c’est impressionnant.

- Wow ! Quelle bande d’abrutis !

La fille pâle a toujours les yeux dans le vague, comme si elle était ailleurs. Ca me rappelle que j’ai droit à un vœu. Et de la voir comme ça, absente, blanchâtre comme une apparition, un fantôme, je prends conscience de la raison probable de sa présence. C’est d’une voix tremblante que je m’adresse à nouveau à elle.

- Hem… Dis-moi, cette voiture, là… Elle va me rentrer dedans ??

Silence. Elle me regarde, désormais, mais ne semble toujours pas faire grande attention à moi. C’est comme si elle réfléchissait, comme si elle se demandait si elle devait considérer cette question comme la formulation de mon vœu, ou bien s’il ne s’agissait que d’une simple interrogation à laquelle elle ne serait même pas obligée de répondre. Moi, je suis suspendu à ses lèvres.

- Non, finit-elle par dire, elle passera à 52 centimètres de vous.

Toujours la même voix impersonnelle. Je m’en fous, j’ai eu ma réponse. J’en profite pour me calmer un peu, pour reprendre ma respiration. Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, je découvre que la conductrice de la voiture volante n’est autre que… toi. Ta chevelure blonde qui vole dans tous les sens, qui cache tes yeux bleus, et ta bouche ouverte dans un cri qui m’est inaudible mais que j’imagine sans peine… Eh, j’ai trouvé mon vœu.

- Gamine, tu m’entends ? Voilà mon vœu…
- Oui ?
- Je voudrais que, quand la voiture passera à 52 centimètres de moi, comme tu dis, la fille au volant me voie sourire.
- Vous êtes sûr ?

J’en jubile d’avance.

- Oui, je suis sûr.
- Bien.

En un instant, tout repart, tout revit, tout explose. La voiture décolle, tournoie, perd une de ses portières arrières dans l’aventure. Je fais confiance à la gosse ; je ne bouge pas d’un pouce. Comme prévu, la voiture me frôle, et je te lâche un sourire pervers tandis que nos regards se croisent…

Des yeux bruns. Elle a des yeux bruns. Bordel, ce n’est pas toi, même la coiffure n’est pas la même, et ce n’est que maintenant que je le remarque ! J’ai gaspillé mon vœu, pour rien, rien ! Et cette foutue gosse qui ne m’a rien dit !

- Votre vœu a été exaucé.
- Ah, te revoilà, toi !

Je hurle littéralement. Personne ne m’entend, le temps s’est arrêté de nouveau, juste pour que je reçoive le rapport de la gamine, sans doute, mais ça ne m’empêche pas de libérer mes poumons rageusement.

- Pourquoi tu ne m’as rien dit ? J’ai gâché un vœu par ta faute ! Tu m’en dois un autre !
- Pardon ?

Elle a l’air sincèrement étonnée. Pour elle, évidemment, tout s’est passé normalement.

- Tu ne m’as pas dit que cette femme n’était pas celle que je pensais ! Pourquoi j’aurais souri à une inconnue qui va se tuer devant mes yeux, hein ?
- A vrai dire… La femme « que vous pensiez » est chez elle, soulagée de s’être débarrassée de vous, et la conductrice de la voiture ne va pas mourir.

Double surprise. Toi, chez toi ? Soulagée ? Et cette bonne femme va survivre à tout ça ??

- Non, elle ne va pas mourir, reprend la gosse. Elle aussi, comme tous ceux sur le point de mourir à cause de cette explosion, a pu faire un vœu, et elle a souhaité survivre. Son vœu sera exaucé.

Je me prends un électrochoc de plus.

- Que… ? Sur le point de mourir ? Mais moi…
- … ?
- La voiture m’a manqué… Pourquoi ai-je pu faire un vœu ??

Elle ne répond rien. Le monde reprend vie alors qu’elle disparaît. Derrière moi, un bruit formidable ; c’est la voiture qui s’écrase sur elle-même. Je ne comprends pas comment quiconque pourrait survivre à ça… Instinctivement, sans doute par curiosité morbide aussi, je me retourne. Et je réalise.

L’échafaudage. Le bruit, c’était l’échafaudage, fauché à la base par la voiture qui a continué sa course plus loin, à peu près indemne, et tandis que les ouvriers, sains et saufs eux aussi, courent à l’abri, le ciel s’assombrit devant mes yeux pleins de panique, je sens le soleil se couvrir sur ma vie, sur mon existence, et bientôt sur ma folie, mes caprices, mes yeux d’adolescent attardé, mon pessimisme, ma peur de la nuit et de l’inconnu, ma frustration continue, mon égocentrisme maladif, ma paranoïa, ça et tout le reste. Tout est balayé, englouti, tout se recouvre de noir… et de rouge. Des coquelicots. Je vais mourir couvert de fleurs.




Librement inspiré de « Farewell To The Bright Side » de Don’t Look Back, sur l’album Brighter (http://www.myspace.com/dontlookbackmusic)

11:25 Écrit par Arlequin dans Par écrits | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

tout simplement magnifique...

Écrit par : coco | 20/12/2007

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