03/05/2007

Le citron bang

Le citron n’est pas un fruit dont on pourrait avoir des milliers de choses à dire, on peut en être sûr, mais ce n’est pas l’avis de tout le monde pourtant, puisque certain navigateur solitaire s’étant un jour retrouvé en cruel manque de carburant au milieu d’un étang qu’il avait pris pour un lac, se vante aujourd’hui d’avoir été secouru par un navire de guerre qui, dit-il, l’aurait aperçu grâce à sa manière toute particulière de se faire remarquer, avec moult cris et force grands zestes, mais ça reste une exception, quoique les exceptions, qu’on a facilement tendance à considérer comme solitaires, marquent parfois la voie à d’autres, plus subtiles, mais plus futiles aussi, un peu comme on parlerait d’exception culturelle dans certain pays, mais c’est un sujet délicat, surtout en ces temps d’élections présidentielles, au point que le simple fait de sortir avec un pull, qu’il soit rouge ou bleu, attire les foudres des uns ou des autres, même si je reconnais également qu’il est particulièrement étrange de sortir avec un pull étant donné les records de température de ces derniers jours, et il faut d’ailleurs signaler une fois encore la gravité de cette situation, car si certains esprits plus simples se contentent de se réjouir de ce supplément solaire inopiné, d’autres n’hésitent pas à chercher – et trouver ! – toutes les explications possibles (et non plausibles) pour décharger l’Homme de sa responsabilité par rapport à ces dérèglements climatiques, qui font mourir le muguet avant le premier mai, qui provoquent des inondations par centaines et des sécheresses réciproques encore plus meurtrières, et qui devraient être LA préoccupation majeure des hommes politiques actuels ou en passe de le devenir, et de là à dire que je voterais bien écolo aux prochaines élections il y a un pas que je ne franchirai certainement pas, d’abord parce que je hais la politique et tout ce qui s’en rapproche, et donc que je n’aime logiquement pas en parler, ensuite parce que l’écologie n’est en soi pas un domaine politique, mais plutôt une préoccupation qui relève du bon sens, et qui serait peut-être à même de rallier toutes les couleurs politiques sous une même bannière, celle de l’avancée et du progrès, mais à nouveau les choses ne sont pas si simples, et le progrès peut mener l’homme à sa perte, comme le traduit candidement cette petite phrase imagée qui présente l’homme comme au bord du gouffre et le progrès comme un grand pas en avant, qui serait le dernier, celui par lequel tout s’arrêtera, telle la goutte qui ferait déborder la vase, cette vase dans laquelle on baigne aujourd’hui sans s’en rendre réellement compte et qui finira par nous étouffer, nous fourmis incapables de rendre à notre existence cette légèreté et cette futilité qui nous garderaient humbles envers tout et tous, et qui préférons boire au fastueux graal de l’égocentrisme et de la cupidité sans imaginer qu’un jour il faudra en payer le prix, et le prix fort, car le bon sens dont je parlais n’est pas gratuit, il s’acquiert par l’ouverture, d’esprit certes mais cette formule est tellement utilisée qu’elle en devient une plaie du langage et qu’elle se vide de son sens, mais surtout par l’ouverture au sens large, l’ouverture aux gestes et aux paroles inconnus, à la diversité dans tous les domaines, bref, à tout ce qui démarque l’homme du simple animal, à tout ce qui fait sa beauté, à tout ce qui fait que ça vaut la peine de vivre et de garder espoir, mais voilà, toutes ces belles paroles n’ont de sens pour personne, et quand ce n’est pas pour des raisons de religion ou de couleur de peau, c’est pour des causes politiques, inventées et modelées par l’homme lui-même, que nous nous battons les uns contre les autres comme des idiots au milieu d’une piste de cirque, dont les quelques rares spectateurs n’y trouvent aucune matière à rire, eux qui comprennent, qui se lamentent, et qui oublient, pour bien souvent finir par rejoindre eux aussi les clowns au devant de la scène, laissant à d’autres le soin de trouver des solutions qui peut-être n’existent pas, et qui donc ne valent à leurs yeux pas la peine d’être recherchées, car la vie est courte, et il ne s’y trouve jamais assez de temps, alors autant vivre et aimer et rire et rêver et se laisser aller au rythme d’une vie qu’on ne choisit de toutes façons pas et qui ne peut que s’apprécier en fonction de la manière dont nous, nous la voyons, car rien ne sert de s’apitoyer sur son sort si jamais nous n’aurons le sort d’un autre, rien ne sert d’en vouloir au ciel si jamais nous n’en aurons de contrepartie, rien ne sert de voir tout en blanc et noir si tout est en rose, rien ne sert de se morfondre si personne n’est à blâmer, et je ne sais pas, ça paraît tellement plus facile à dire qu’à faire, comme les recettes de cuisine de grand-mère, et à peine écrites ces phrases perdent déjà de leur pureté quand même leur auteur ne leur prête pas la consistance qu’elles devraient avoir, et il n’en reste bientôt plus rien sinon l’enivrante sensation de tourner en rond, en rond, en rond, en rond, en rond, en rond, en rond jusqu’à ce que ce soit la tête elle-même qui tourne et qui pousse, gentiment, calmement, à se laisser gagner par la fièvre du passéisme dont par après on aura toujours l’arrière-goût sucré, l’envie, le besoin même, et dont on sait pertinemment qu’on ne sera débarrassera qu’à l’aide d’un tragique mais formidable bang.

13:23 Écrit par Arlequin dans Divergence | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

hé ben ça, c'est de la phrase! ;)

Écrit par : tayiam | 04/05/2007

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