13/03/2007

Mouroir

(Ecrit il y a 10 jours, mais j'ai eu l'occasion d'y retourner depuis, et... rien n'a vraiment changé...)

 

Mouroir. Je ne sais pas si c'est le terme exact, en fait je ne sais même pas s'il existe... Quoi qu'il en soit, il traduit très bien l'idée.

Je suis allé dans une maison de repos cet après-midi (il y a dix jours donc), un endroit où il y a aussi un centre de rééducation, bref, un truc sérieux, quand même.

Et, euh, c'est juste horrible. Des couloirs très larges, mais aussi très longs, plafond bas, avec des portes entrouvertes de chaque côté, et derrière chacune d'elle, deux hommes ou deux femmes dans une petite salle, avec deux lits et une table. Les uns sont couchés et on ne les entend pas, les autres sont stoïquement assis dans leur fauteuil, face au mur qu'ils contemplent sans doute des heures durant, et à vrai dire on ne les entend pas non plus... Au bout du couloir, un virage à angle droit, et c'est reparti pour le même paysage... De temps à autre, il y en a un qui se balade, l'air complètement paumé, en maugréant des trucs incompréhensibles (même si je dois dire que je n'ai pas cherché à m'y intéresser non plus) ; l'un d'eux nous a dit qu'il était aveugle (pourquoi était-il seul ???), une autre cherchait son parapluie dans toutes les chambres (j'ai alors pensé à la frontière qui sépare certains visiteurs de certains patients...) ; de temps à autre, on entendait des éclats de voix dans une chambre voisine, surtout les infirmières en train d'essayer de se faire comprendre de quelque dur d'oreille...

 

En sortant, mon père m'a simplement dit : "Si je finis là-dedans, je te déshérite."

 

Tu parles...

Je me dis que quand on n'a même pas 25 ans, on voit la vie différemment que quelqu'un qui va sur ses 90, et qu'autant je trouve cette maison de repos invivable, autant eux y trouvent tout ce qu'ils veulent : du calme, de la tranquilité, des repas que j'imagine convenables, et de l'assistance en cas de besoin.

Je me rassure comme je peux...

 

 

Voilà, c'était il y a dix jours, et comme je disais, rien n'a vraiment changé...

Je ne sais pas, je ressens simplement comme si "les choses ne devraient pas se passer comme ça", aussi simpliste que ce soit ou que ça puisse paraître.

On entre là-bas comme dans un endroit où vivent des gens qui n'en ont plus pour très longtemps. Pas nécessairement malades, mais la notion du temps, des choses qui nous entourent, bref le regard sur la vie n'est plus le même. Ca ne veut pas dire qu'il faille en arriver à "parquer" ces gens dans une petite chambre, à rien faire si ce n'est regarder les murs, la fenêtre, la télé dans la salle commune (et regarder est dans tous les cas un bien grand mot, tellement chacun a l'air absent, ailleurs). Et tiens, je viens juste de trouver ce qui est encore le plus marquant, c'est tellement évident que je me demande pourquoi je n'y ai pas réagi plus tôt...

Aucun des visages que j'ai pu voir en deux visites (compter une trentaine de personnes) n'avait le sourire, ni même l'envie de sourire.

Ces gens ne sont pas heureux, et n'ont pour seul bonheur que les (rares, si j'en crois le monde extérieur qu'il y a eu lors de mes passages) visiteurs occasionnels qui viennent les voir (pour 1/4h maximum, vu l'ambiance générale qui n'incite pas à rester plus longtemps).

C'est sans doute facile à dire, pour moi qui n'ai pas encore de boulot, ni de famille à fonder, mais voilà, la pensée abrupte dont on ne peut se séparer en sortant de là est telle que j'ai dit, "les choses ne devraient pas se passer comme ça". Si c'était un de mes parents qui s'y trouvait, je m'en voudrais immensément.

Je suppose que la société évolue comme ça, on pense à soi avant n'importe qui d'autre. Je ne dirai pas qu'il en est autrement pour moi...

Non, je ne le dirai pas.

 

13:46 Écrit par Arlequin dans Un peu de rien... | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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