18/03/2006

Sariel - Prologue

L’homme est lourdement chargé. Il ne peut marcher qu’à petits pas, et se tient appuyé fermement à la passerelle de fer qui surplombe le gigantesque réservoir. Son sac est plein, plein de minerai, qui projette une lumière diffuse à travers la solide étoffe de toile. Il s’arrête quelques instants, le temps de reprendre son souffle. Un léger sursis pour vous, pense-t-il. Il halète bruyamment, son regard est fixe, et alors qu’il a repris sa marche vers l’extrémité de la plate-forme, il se met à gémir des paroles qu’il est seul à comprendre. Soudain, il trébuche, et s’accorde l’éternité pour se redresser. Sa mission est urgente, mais il ne doit pas se presser. Il prend le temps de regarder autour de lui, la ferraille, les canalisations, les murs de tôle, et surtout, surtout, cette lumière qui l’éblouit, déversée sur lui par une myriade de projecteurs fixés au plafond. Il reprend une dernière fois sa marche, son énorme sac toujours hissé sur ses épaules. Son pas mécanique semble pouvoir l’emmener jusqu’au bout du monde, et c’est justement là qu’il se rend. Il atteint la limite de la passerelle, et sous ses pieds le réservoir semble s’allonger, s’allonger, jusqu’à occuper totalement son champ de vision. Il n’a plus que lui dans les yeux, dans les pensées déjà…Huit boules d’énergie gravitent à l’intérieur, et elles lui semblent tourner à une vitesse sans cesse croissante, donnant à son regard des reflets de démence.

— Je sais…que j’ai pris…la bonne décision…

Il ne sent plus rien sous ses pas, et il est pris d’un vertige envahissant…Alors il ferme les yeux, et il pense. Il pense aux hommes, aux usines, aux voitures, aux avions, à l’eau, la terre, le ciel, et il rêve qu’il est un oiseau, un oiseau dont on aurait amélioré les ailes pour que dans sa chute, elles l’emmènent toujours plus haut…Et alors qu’il tombe, enfin, après toutes ces années de lutte, il sent le dénouement approcher. Son sac semble l’attirer vers le bas, comme si le minerai qu’il contient n’en pouvait plus d’attendre lui non plus. Et soudain il voit, il sent, il comprend le monde autour de lui…une seconde, et une autre…puis c’est le noir.

Ainsi s’achève cette époque… Et même cet homme, perdu dans les ténèbres, espère que celle qui vient de naître, là, à l’instant, saura laisser une trace dans l’Histoire… Une trace moins sombre.

17:11 Écrit par Arlequin dans Par écrits | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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